Qi

Que veut dire « QI » ? Comment le nommer ? Le traduire ?
Ce terme, utilisé depuis les années 1950 pour regrouper l’ensemble des techniques énergétiques, cache des méthodes différentes dans leur pratique et dans leurs objectifs. Peut-être pourrions-nous parler d’une force « QI » qu’on met à l’œuvre  « GONG », une intensité qui dynamise, un élan qui n’est ni complètement physique, ni complètement spirituel mais qui, s’enracinant dans les deux, renoue la complicité entre corps et esprit.

Le travail du Qi Gong est une démarche profonde pour entretenir sa forme, renforcer sa santé et s’épanouir. Ce n’est pas une simple gymnastique. Il travaille sur les mouvements corporels, Xing le souffle et la respiration QI, ainsi que l’intention Yi, afin de régulariser le corps, le souffle et la conscience (l’Esprit). Ces 3 éléments sont indissociables, mais il est conseillé de bien travailler le corps, pour que l’énergie puisse circuler dans la fluidité et que le souffle s’incarne profondément dans le corps. L’intention rejoint alors ces 2 éléments et donne un sens à la pratique.

XING, le mouvement corporel : Les mouvements doivent être enracinés, communicatifs, justes, harmonieux et naturels.

  • enracinés :
    « le corps est enraciné dans la terre et suspendu par le ciel » dit l’expression chinoise. Une fois l’enracinement fondé, comme un bâtiment trouve sa fondation, le corps devient stable, le mouvement devient fluide. L’esprit trouve ainsi le calme. On appelle ce relâchement « fang song », le lâcher-prise.
  • communicatifs :
    le système de circulation de l’énergie et des méridiens établit une communication entre les différentes parties du corps, mais aussi avec l’univers qui l’entoure. Un simple mouvement de main entraîne le corps entier. La pratique est vivante et expressive.
  • harmonieux :
    les mouvements s’inscrivent dans un schéma de circulation de l’énergie. Plus ils sont harmonieux (sans vouloir faire joli), plus ils se placent dans l’espace qui les entoure et nous réunissent aux éléments extérieurs.
  • naturels : tout en respectant la physiologie musculaire et articulaire de chacun, le mouvement naturel induit une progression naturelle ; rien ne sert de se presser… ça vient naturellement !
  • justes :
    forcer peut entraîner un blocage énergétique, des lésions tissulaires et articulaires. Et rester en dessous de ses possibilités ne mobilisera aucune énergie. La pratique juste vient de l’écoute profonde de son corps : ni trop, ni trop peu.

Le rôle de la respiration : QI
La respiration est le moteur et le régulateur de l’énergie le plus facile à maîtriser. Elle permet notamment d’augmenter les échanges avec l’extérieur (inspir-expir) et de mobiliser les souffles (énergies) dans le corps. La qualité et le potentiel de notre respiration pulmonaire sont le témoin implacable de nos états d’âme. Capables de nous relier à nos profondeurs inconscientes, elle est la seule fonction organique de notre corps, à la fois consciente et inconsciente, sur laquelle il nous soit aussi consciemment possible d’agir. La respiration, basée sur les souffles alchimiques (*cf article prochain), devient une porte d’entrée à l’harmonisation des souffles purificateurs, libérateurs et guérisseurs de nos vieilles blessures émotionnelles.

Shen

YI l’intention, et SHEN la conscience :
Quand le mouvement et la position sont corrects, la respiration bien coordonnée, la 3ème étape de progression concerne le travail de l’intention et de la conscience. L’intention de l’esprit approfondit la pratique. Elle ouvre les portes vers le vrai travail énergétique. On dit en Qi Gong : «  là où est l’esprit est l’énergie ». Le travail de la conscience permet de renforcer la perception énergétique, il amplifie la dimension du corps et donne le sens du mouvement corporel.

La pensée et le mouvement interfèrent sans cesse. La structuration de la pensée prend forme et corps par le mouvement. Le jeu du mouvement spontané, où l’énergie seule guide le mouvement, donne des images et des pensées inattendues, surprenantes, provenant de l’Un-Conscient. L’énergie emmagasinée par différentes postures et gestuelles respiratoires, commande le mouvement, lequel à son tour transforme la pensée. Le mouvement permet ainsi une évolution personnelle. La gestuelle des mains va contrôler la pensée, la douceur des mouvements de Qi Gong ou Tai Chi amènera la fluidité de la pensée juste, adaptation, constance, pertinence des réponses adéquates : la certitude d’être bien avec Soi-même…

Le mouvement s’inscrit dans le temps, il doit être répété comme un mantra (ni trop, ni trop peu…). Le mouvement est parole du corps… Un mouvement peut guérir ou aguerrir, apaiser ou engendrer une transformation, faire sourire ou provoquer l’agressivité… Outre le fait de l’ouverture des méridiens qui transmet le flux énergétique aux organes, la posture des exercices de Qi Gong est hautement symbolique. Et ces symboles rejoignent un langage quasi universel, car évocateur d’expression mimée !
Ainsi :

  • « se sortir de sa médiocrité, se grandir », « retrouver sa dignité, oser s’affirmer »… feront redresser la tête, bomber le torse en ouvrant les bras…
  • « accueillir l’avenir » délèguera la responsabilité aux mains détendues placées devant soi, en les faisant revenir vers la poitrine…
  • « rejeter ou repousser l’ennemi » impliquera la propulsion vive des bras en avant…
  • « se donner de l’espace » tendra les bras de chaque côté du corps à l’horizontal comme s’ils poussaient les murs.

Ainsi toutes les suggestions suivantes pourront trouver leur résonance dans un mouvement, que chacun peut s’approprier : « ouvrir son cœur », « quitter le passé », « accueillir le ciel », « s’investir dans un geste de délicatesse », « trouver son inspiration », « stabiliser, s’ancrer ». Il en est de même si l’on demande de mimer la colère, la peur, l’effroi, l’étonnement, l’enthousiasme.

L’art du grand mime Marceau nous rappelle, par son silence, la constance du lien entre l’intention, le souffle et le mouvement, entre le corps et la pensée, entre les émotions et la fluidité de la vie, rejoignant ainsi la transmission de la philosophie taoïste.

Ainsi en va t-il du geste, parole silencieuse corporelle, expression du mouvement intérieur, langage de tous les ressentis émotionnels, calligraphie de l’invisible et des intentions subtiles…

Suzanne Wendling

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