La Chine utilise pour penser le corps humain des métaphores qui sont différentes de celles que nous utilisons en Occident. Ainsi : le corps comme empire dont le Cœur est l’empereur, le Foie le général, le Poumon le ministre, le Rein le trésorier, et la Rate le cuisinier.

La métaphore végétale est aussi d’un emploi très courant dans le domaine de la Médecine traditionnelle Chinoise, comme les racines-articulations, le tronc-extrémités, et bien sûr l’image de l’Arbre ! La métaphore de l’arbre souligne l’unité organique du corps, mais aussi tous ces exercices s’accomplissant autour des arbres, comme la marche du Ba Gua Zhang ou « le pas du Ba Gua dans la boue » ; l’arbre symbolisera toujours cette poussée torsadée pour s’élever vers le ciel en étant assuré de son profond ancrage dans ses racines, dans la terre, dans le réel.

La métaphore de l’arbre a une vertu pédagogique primordiale : elle indique les points de focalisation de l’intention et la nature des sensations à rechercher.
En effet, si les racines sont fragiles, la stabilité est mauvaise. Si le tronc est fatigué, la force fait défaut. Si les branches sont lourdes, tout est raide. Des racines aux branches, en passant par le tronc, on voit bien le continuum d’un flux, d’une énergie réunifiant le corps… L’arbre est à lui seul une image suffisante pour exprimer le mariage harmonieux du Yin et de Yang : il est à la fois céleste et terrestre, lourd dans ses racines qui l’attachent à la terre et léger par ses branches qui s’ouvrent sur les feuilles, dur par cette abondance de force qui en traverse le corps et décontracté dans le balancement des branches qui épousent le souffle du vent…

Dans sa présence silencieuse, l’arbre nous dit : « ce que tu dois faire est aussi simple que ça ! »
Il offre l’exemple et rappelle constamment, avec la même sobriété de parole que les grands maîtres, les critères essentiels à partir desquels le pratiquant peut corriger sa posture et sa gestuelle.

L’arbre donne au pratiquant les principes d’une transformation de ses gestes – et du vécu de son corps : un corps ressenti, un corps sensible.

L’arbre n’est que la partie d’un tout : enraciné dans la terre, il est dressé vers le ciel. Il puise chez l’un et chez l’autre les énergies dont l’équilibre décide de son  éclosion, de sa croissance, de sa santé. L’arbre réinsère et restitue humblement l’homme dans le tout du monde.

Tandis que l’arbre s’enracine dans le sol par ses racines, l’homme s’enracine dans le réel par sa respiration : les souffles sont ses racines. L’immobilité de l’esprit est l’instrument d’une sagesse du toucher et du geste qui se projette au-dehors et s’unit au cœur de l’Être.

L’arbre est une métaphore de l’immobilité, mais d’une immobilité verticale et vivante, trait d’union entre ciel et terre.

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